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Être caraïbe

     Tout le monde connaît les Caraïbes comme étant un ensemble géographique, composé essentiellement des Petites Antilles (l'arc antillais, allant d'Aruba aux Îles Vierges) et des Grandes Antilles (les grandes îles, de Porto Rico à Cuba). De belles plages, beaucoup de rhum, des locaux peu vêtus et à l'accent rouleur, des fruits exotiques très sucrés, des oiseaux colorés, des serpents sournois et des mygales velues. Mais avant d'être un lieu de retraite et de villégiature pour ceux qui pense qu'il n'y a pas mieux qu'eux, c'était avant un pays de Cocagne, sillonné par des hommes peu vêtus, d'allure farouche et qui connaissaient ce coin comme personne : les Indiens caraïbes.

     Car c'est bien le nom d'un peuple en réalité. Appelés "les Sauvages" par les premiers colons, ceux-ci n'ont pas omis dans leurs témoignages successifs de leur rendre un hommage, souvent discret et indirect, en soulignant leur admiration pour l'incroyable équilibre que ceux-ci avaient réussi à établir avec la nature qui les entourait.

     Ce qui a marqué les premiers Européens qui les virent, ce fut leur simplicité. Ils n'avaient pas peur et se promenaient nus, ce qui a choqué ces braves gens pour qui tout bon chrétien se doit d'être savamment emmitouflé, indépendamment du climat, n'ayant que la tête et les mains qui dépassent. Cela émerveilla Colomb et Las Casas, mais choqua leurs successeurs, car c'est à cela qu'on reconnaît les Barbares: ils se baladent à poil.

     D'autres notent encore qu'ils sont très beaux et se portent très bien. Jacques Bouton, religieux français du XVIIe siècle et qui n'est pas particulièrement tendre avec eux, observe tout de même qu'il n'y a ni boiteux, ni aveugle, ni infirme chez eux, qu'ils sont remarquablement bien proportionnés et en pleine santé. La même chose est remarquée par le Père Labat, missionnaire dominicain en Martinique et en Guadeloupe de 1694 à 1706.

      Les Caraïbes (ou Kalinagos pour les hommes, Kaliponam pour les femmes) sont un peuple originaire du nord du Venezuela et qui s'est réparti dans le bassin caribéen à la fin du IXe siècle. La légende, colportée par les futurs colons européens, en fait des brutes sanguinaires et cannibales qui ont exterminé sans pitié un peuple doux et bon qui les a précédés sur les îles et qui s'appelait les Arawaks. Mais la recherche actuelle tend à faire penser que si remplacement il y eut, il ne fut pas brutal, mais progressif, avec une lente assimilation, que l'historiographie prouve grâce à un changement dans le style des poteries (la vaisselle parle). Les Sauvages de Bouton ou de Labat se trouvent donc innocentés d'un génocide.

     Une originalité : les Caraïbes se recouvrent le corps de rocou. Le rocou est une teinture végétale que l'on tire des fruits d'un arbre que l'on appelle le rocouyer. Il est d'un rouge éclatant, presque comme le carmin, disait Labat. Tous les matins, les femmes caraïbes aide les hommes à s'en recouvrir entièrement, ce qui les aident à lutter contre l'ardeur du soleil et la piqûre des moustiques.

     Trait original que Labat rapporte: ils parlent différentes langues, selon que l'on est un homme, une femme ou un ancien. Chaque dialecte reflète la différence de rôle, et l'anonyme de Carpentras nous en donne la teneur, qui montre à quel point au sein d'un même groupe les langages peuvent être différents : Pour dire "bonjour" les hommes disent « Maloï quaï y moussou! », et les femmes « Acquiétédé ! ». Cette différence en rappelle une autre, parallèle : chez les Caraïbes, c'est Madame qui travaille! Monsieur bulle la plupart du temps dans son hamac, cause avec ses amis ou boit du ouicou (boisson fermentée faite à partir de manioc). Il ne se met que rarement en peine de partir chasser ou pêcher. Madame par contre, cuisine, lave, prépare, élève et bien souvent porte ce que Monsieur a chassé. Les Kaliponam se sont ainsi bien souvent attiré la juste admiration des nouveaux venus d'Europe.

     À l'arrivée des Français en Martinique, les Caraïbes se sont repliés à l'intérieur des terres, et essentiellement sur la façade est (dite "au vent" ou "cabesterre"). Puis finalement ont complètement vidé les lieux pour aller se loger sur la Dominique, ou encore aujourd'hui subsiste une petite troupe de 3000 têtes sur le territoire de la commune de Salybia.

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