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Épisode 1  : Raveneau, mon ami…

Quoi de mieux pour aborder les raisons du départ  que de s’appuyer sur le récit d’un prédécesseur et tracer un parallèle. 

Un inconnu de surcroit. Il va mettre un peu de lumière sur notre propre initiative en même temps que je vais en profiter pour le dépoussiérer un peu.

Nous sommes sur un XVIIe siècle finissant, Louis XIV règne depuis 40 ans et les histoires palpitantes de la flibuste font vibrer les curieux de voyage dans la métropole. Les fortunes se font et se perdent vite en Amérique, d’où il semble facile de tondre alternativement Anglais, Hollandais ou encore Espagnols…ces derniers tout particulièrement, semblant un peu dépassées par le gigantisme de leur empire.

Et un gamin de Paris, parmi tant d’autres, parait avoir prêté une oreille attentive aux récits venus de l’Ouest.

Il a 16 ans, et tout jeune qu’il est, il trahit une infatigable bougeotte et une curiosité exceptionnelle, davantage pour son époque que pour son âge. Sa soif de connaissance et de voyage inextinguible le pousse à vadrouiller dans la campagne parisienne au grand dam de ses parents. Un bref engagement sous les armes ne le calmant en rien, c’est avec un pincement au cœur qui ne lui est pas caché qu’ils acceptent de le voir embarquer en un si jeune âge au port de Dieppe, à destination des Indes occidentales, pour Saint-Domingue.

Pourtant, Jacques Raveneau de Lussan, n’est ni vagabond, ni particulièrement pauvre. Juste un fils de bourgeois parisien, un brin rêveur, jouissant de parents compréhensifs, bien connecté dans la capitale, et issu d’un milieu aisé. Personne d’autre ne le pousse que lui-même, et c’est la rencontre de l’autre, de l’étranger, du différend et du lointain qui l’incite à partir.

Pour l’époque, la traversée de l’Atlantique n’est rien moins qu’une promenade. Et atteindre l’autre bord relève encore moins de l’évidence que le confort du voyage. Songez  : s’entasser à 20-25 sur un bateau qui fait à peine le double du Télémaque en longueur…sans chauffage, sans matelas et bien peu pour s’abriter de la rudesse des éléments. Les survivants sont les plus spartiates.

Lapidaire tout en étant un brin ironique, il commente  : «  Cet élément contre lequel on ne voit que pesteries des voyageurs, me parut le plus beau et le plus aimable du monde ; les vents m'en surent, si je l'ose dire, quelque gré ; car à quelques petites bourrasques près, ils nous menèrent fort heureusement.  »

Et pourtant, il devait être loin de s’imaginer ce qui allait l’attendre une fois arrivé…

Dicton marin
Qui met le moteur est un petit joueur.
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