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Le frein pandémique

La pandémie qui a changé le monde…dans cinq ans on en rira peut-être, se félicitant ou non de nos réactions respectives face à un virus aussi insaisissable que le sucre dans le lait chaud.

Ce qui nous interroge ne sera pas tant la légitimité de nos appréhensions face à ce qui s’apparente de plus en plus à un dogme civique, mais plutôt en quoi, nous, vagabonds, circulant de port en port, sommes atteints et concernés par la batterie de réactions mises en place par nos bons gouvernants.

On a quitté la France sur une faille. Celle de la loi qui interdisait toute utilisation du plan d’eau à des fins récréatives. Battant pavillon étranger, il nous a été loisible de quitter les eaux territoriales en échange de la garantie de ne pas revenir et d’aller propager nos miasmes sur d’autres côtes.

Tant mieux. Je ne demandais pas mieux que d’aller tousser en Espagne.

Ribadeo nous avait rassurés: quelques bars et restaurants étaient ouverts, un semblant de vie animait les rues, les gens étaient dehors, quoique tous masqués comme des chirurgiens. Petite illusion de bienvenue sans doute, car les ports suivants avaient choisi la formule « Hongrie des années 50 »: Peu ou pas d’établissements ouverts et les visites, quand elles peuvent se faire, déploient des trésors d’imagination en termes de sécurité sanitaire. Peu s’en fallut que l’on me demande de me tremper intégralement dans le formol pour visiter le phare romain de la Corogne.

La vie de rue elle aussi s’en trouve bien changée.

Entre passants, on se regarde, on se scrute de manière suspecte, on s’évite, traçant autour de celui que l’on croise un grand cercle dont le rayon a été dûment calculé par le gouvernement.

Un sourcil levé sur l’œil lourd de reproches pour celui qui aurait mal ajusté son masque n’est pas rare. En face, on peut voir le regard plus fuyant de celui qui ne l’a carrément pas et qui accélère sa démarche, rasant les murs, espérant que sa vitesse sera suffisante pour passer inaperçue.

Pour la faire courte, tout le monde soupçonne tout le monde, et l’humanité ne peut que mieux s’en porter. À voir si le petit gendarme qui circule dans notre conscience aura le bon esprit de se taire une fois que l’air nimbant la planète sera devenu moins grippal.

Quant à nous, il va de soi que l’on se tient aux règles. Je tousserai donc là où c’est encore autorisé par les autorités, et je continuerai à respirer mes propres expirations pour que l’avenir de mes semblables soit meilleur.

Car, que l’on ne se trompe, cette pandémie m’aura fait réaliser à quel point c’est pour l’amour des autres que j’obéis aux lois. 

Dicton marin
Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage.
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